Un bureau trop chaud, un atelier glacial ou un chantier exposé au soleil ne posent pas seulement une question de confort. En France, la réglementation impose une température adaptée à l’activité et à l’environnement de travail, sans fixer une valeur unique valable partout. Je fais le point sur les repères utiles, les obligations de l’employeur et les bons réflexes en cas de chaleur ou de froid excessif.
Les repères essentiels pour travailler dans de bonnes conditions thermiques
- Aucune température minimale ou maximale générale ne s’applique à tous les lieux de travail.
- Pour un bureau, le confort se situe généralement autour de 20 à 24 °C en hiver et de 23 à 26 °C en été.
- Au-delà de 30 °C pour une activité sédentaire ou de 28 °C pour une activité physique, la prévention doit être renforcée.
- Depuis 2025, l’employeur doit évaluer et prévenir les risques liés aux épisodes de chaleur intense.
- En cas de froid, de chaleur ou de courant d’air dangereux, il faut signaler la situation et demander une adaptation du poste.

Ce que prévoit réellement la réglementation française
Le Code du travail ne donne pas une température minimale de 18 °C ni une température maximale de 30 °C applicable à toutes les entreprises. Il exige plutôt que les locaux fermés soient maintenus, en toute saison, à une température adaptée à l’activité des travailleurs et à l’environnement dans lequel ils évoluent.
Cette nuance est importante. Une température acceptable pour une personne assise devant un écran ne convient pas forcément à un préparateur de commandes, à un cuisinier ou à un salarié travaillant dehors. L’employeur doit tenir compte de l’effort physique, de la durée d’exposition, de l’humidité, de la vitesse de l’air, des vêtements et des équipements de protection.
La réglementation impose aussi de chauffer les locaux fermés pendant la saison froide lorsque cela est nécessaire, avec un système qui ne provoque pas d’émanations dangereuses. En pratique, l’entreprise doit donc pouvoir démontrer qu’elle a évalué la situation et qu’elle agit lorsque l’ambiance thermique crée un risque pour la santé ou la sécurité.
Le chiffre de 19 °C, souvent cité dans les discussions sur le chauffage, ne constitue pas une règle universelle pour les bureaux. Il renvoie surtout aux politiques de sobriété énergétique et à certains repères liés au logement. Une entreprise peut réduire le chauffage, mais elle reste responsable du confort et de la sécurité de ses salariés.
Quelle température viser dans un bureau ou un atelier
Pour une activité de bureau, je retiens comme repère pratique une température comprise entre 20 et 24 °C en hiver. En été, une ambiance de 23 à 26 °C est généralement mieux tolérée, à condition d’éviter les rayonnements solaires directs et les courants d’air froids.
La norme NF X35-102, citée par l’INRS pour les espaces de travail sur écran, recommande une température sèche de l’air située entre 21 et 26 °C, avec une humidité relative de 40 à 70 %. Il s’agit d’un repère ergonomique, pas d’une sanction automatique dès qu’un thermomètre dépasse une valeur.
| Situation de travail | Repère de température | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Bureau en hiver | 20 à 24 °C | Éviter les pieds froids et les courants d’air |
| Bureau en été | 23 à 26 °C | Limiter l’éblouissement et la chaleur solaire |
| Travail physique | À adapter à l’effort | Prévoir des pauses, de l’eau et une ventilation efficace |
| Chambre froide ou local réfrigéré | Selon le procédé | Limiter la durée d’exposition et sécuriser les sorties |
Dans un open space, le problème vient rarement de la seule température moyenne. Un poste placé près d’une baie vitrée peut être inconfortable à 24 °C, tandis qu’un salarié installé sous une bouche de climatisation aura froid dans la même pièce. Je conseille donc de mesurer la température au niveau des postes de travail, plutôt qu’à côté du thermostat mural.
Chaleur intense et obligations de l’employeur
Depuis le décret du 27 mai 2025, le Code du travail prévoit un cadre renforcé pour les épisodes de chaleur intense. L’employeur doit évaluer les risques liés à la chaleur, en intérieur comme en extérieur, puis prévoir des actions adaptées lorsque l’exposition peut porter atteinte à la santé ou à la sécurité.
La réglementation s’appuie sur les niveaux de vigilance de Météo-France. Elle ne transforme pas pour autant 30 °C ou 35 °C en seuil automatique d’interdiction de travailler. L’INRS utilise toutefois 30 °C pour une activité sédentaire et 28 °C pour une activité physique comme des repères utiles pour déclencher des mesures de prévention.
Selon la situation, l’entreprise peut devoir modifier les horaires, déplacer les tâches pénibles aux heures les moins chaudes, augmenter les temps de repos ou réduire l’exposition au rayonnement solaire. Elle doit également mettre à disposition une quantité suffisante d’eau potable et fraîche, maintenue au frais et accessible à proximité des postes.
- Installer des stores, protections solaires, ventilateurs ou systèmes de rafraîchissement adaptés.
- Organiser des pauses dans une zone ombragée, ventilée ou climatisée.
- Adapter les horaires, notamment pour les travaux physiques en extérieur.
- Réduire les manutentions et les tâches les plus pénibles.
- Informer les salariés sur les signes du coup de chaleur et la conduite à tenir.
- Prévoir une procédure d’alerte pour les personnes isolées ou vulnérables.
Les personnes âgées, les femmes enceintes, les salariés atteints de certaines pathologies et ceux qui prennent des médicaments sensibles à la chaleur peuvent nécessiter des mesures particulières. L’employeur doit alors échanger avec le service de prévention et de santé au travail, sans exiger de connaître le détail du dossier médical.
Froid, courants d’air et travail en extérieur
Il n’existe pas davantage de température minimale générale interdisant le travail au froid. Pourtant, une exposition prolongée peut provoquer une perte de dextérité, une fatigue accrue, des engourdissements et une hausse du risque de chute ou d’accident. Le vent et l’humidité aggravent souvent la situation davantage que la température affichée par le thermomètre.
L’employeur doit protéger autant que possible les salariés travaillant dehors contre les effets des conditions atmosphériques. Cela peut passer par un abri chauffé, des vêtements adaptés, des pauses plus fréquentes, une rotation des tâches et des équipements permettant de réduire les efforts physiques.
Dans une chambre froide, la prévention doit être encore plus concrète. Les portes doivent pouvoir s’ouvrir de l’intérieur, un dispositif d’alarme doit être vérifié régulièrement et les salariés doivent disposer d’un moyen rapide de rejoindre une zone tempérée. Pour les postes statiques, un sol isolé ou chauffant peut réduire nettement la fatigue liée au froid.
Les jeunes travailleurs de moins de 18 ans font l’objet d’une protection renforcée. Ils ne peuvent pas être affectés à des travaux les exposant à une température extrême susceptible de nuire à leur santé.
Comment réagir lorsque la température devient problématique
Avant de conclure à une infraction, je recommande de relever la température plusieurs fois dans la journée, à hauteur de travail et dans plusieurs zones. Il faut noter l’heure, l’activité réalisée, l’humidité éventuelle, les courants d’air et les symptômes ressentis. Un seul relevé près d’une fenêtre ne suffit pas toujours à décrire l’ambiance thermique réelle.
Le salarié doit ensuite signaler la situation à son responsable, au référent santé et sécurité ou au comité social et économique lorsqu’il existe. Le médecin du travail et le service de prévention peuvent aider à analyser le poste, surtout lorsque la difficulté concerne une personne vulnérable ou un environnement particulier.
Pour l’employeur, le risque doit être intégré au document unique d’évaluation des risques professionnels. Les mesures ne doivent pas se limiter à fournir un ventilateur ou à distribuer une bouteille d’eau. Il faut aussi vérifier l’organisation du travail, la ventilation, les protections solaires, les vêtements et la possibilité de faire des pauses dans de bonnes conditions.
Le droit de retrait peut être envisagé lorsqu’un salarié a un motif raisonnable de penser que la situation présente un danger grave et imminent pour sa santé ou sa sécurité. Une température inconfortable ne suffit pas automatiquement. Le danger doit être apprécié selon l’intensité de la chaleur ou du froid, la tâche, la durée d’exposition et les mesures déjà mises en place.
Le bon repère reste celui du poste réellement occupé
Une norme de température ne peut pas remplacer une analyse du travail réel. Un bureau bien ventilé à 26 °C, avec de l’eau et des pauses, peut être acceptable, tandis qu’un atelier à la même température devient dangereux si les salariés portent des équipements lourds et manipulent des charges.
Pour agir simplement, je retiens trois réflexes. Mesurer au poste, comparer la température à l’effort demandé, puis adapter l’organisation avant que les premiers malaises ou accidents apparaissent. C’est cette approche concrète qui protège le mieux les salariés, tout en respectant l’esprit du droit français de la santé et de la sécurité au travail.